Lorsque je navigue sur le net dans des sites de photographies, je cherche à voir de belles photos. Normal. Par contre, ce que j’aime moins, c‘est le gros barbouillage, souvent pas très subtil, que plusieurs auteurs y mettent au bas. Leur « signature ». Pourquoi? Parfois pour se faire connaître, mais la plupart du temps, pour éviter le vol.
Croyant se blinder contre les malfrats, plusieurs photographes ajoutent leur griffe un peu partout sur leur chef-d’œuvre. Non seulement cette méthode est futile, mais c’est un irritant.
Quelqu’un ayant la mauvaise intention de se servir de la photographie d’une autre personne ne s’en trouvera pas empêché par le gribouillis. Croyez-vous sincèrement que le pirate d’art va se dire : « Ho! Mon Dieu! Il y a une signature au bas de l’image, et je ne peux donc pas la copier! » Bien sûr que non.
Tous les sites sur Photoshop ont un tutoriel sur la façon de se servir efficacement du tampon. Un vrai jeu d’enfant. Et encore là, un enfant pas trop débrouillard. Enlever ladite signature est certainement la retouche la plus simple à faire.
Du côté du droit d’auteur, vous devenez propriétaire de votre œuvre, et vous êtes aussi protégé dès le moment où vous appuyez sur le déclencheur. De facto. Pas besoin de vous enregistrer quelque part, de barbouiller vos photos, de les coder, d’engager une firme d’avocats spécialisés.
Donc, à quoi sert cette signature si ce n’est que pour distraire l’observateur de votre œuvre? Sans compter que parfois, on sent le malaise derrière cette signature. J’en conviens qu’il est difficile de se démarquer dans ce monde où la photographie est devenue démocratique. De nos jours, tout le monde se dit photographe. Mais à bien y repenser, est-ce que Picasso avait vraiment besoin de signer ses œuvres? Pas plus que Matisse, ou Anne Geddes et ses photos de bébé. Pas plus que les Beatles n’avaient besoin de mettre leur face sur un disque pour qu’on sache que c’est leur musique. On reconnaît ces artistes par leur style qui se démarque. Pas par une grosse signature qui remplit le bas droit de l’image sur une photo.
EXIF
Les fabricants ont pensé à tous. Même à mettre en place un système de métadonnées, les données EXIF. Ces données, facilement éditables dans Photoshop et dans plusieurs systèmes d’exploitation vous permettre d’y entrer toutes vos données de copyright : nom, adresse, date, heure, nom du cliché, nom de votre chien… Bref tout ce que vous croyez bon d’y mettre. Et sans que cela affecte la photo!
Filigrane
Pour les hypocondriaques du droit d’auteur, il existe aussi un système de filigrane électronique. Ces données sont encodées directement dans l’image, et sont inaltérables, même si l’on modifie l’image. Le service est malheureusement payant, mais il saura répondre aux plus paranoïaques en offrant même un service de traçage de votre photo sur internet. Bref, vous aurez un rapport qui vous indiquera quel site a copié votre photo et ce qu’il en fait. Si vous croyez qu’une conspiration sur le net existe pour le trafic de vos photos, c’est un prix à payer pour vous donner une protection de plus.
Modification des données
Bon, je sais, les données EXIF sont très facilement modifiables aussi. Mais à choisir entre cette méthode « invisible » et celle où on ajoute une signature franchement dérangeante, je préfère la première. Elle a au moins le mérite de laisser à l’observateur tout le loisir de profiter de vos photos, sans distraction.
Vos droits
Sachez qu’en cas de litige, c’est devant une cour qu’on détermine qui est le propriétaire original d’une œuvre photographique. Signature dans l’image ou pas, données EXIF ou pas, filigrane ou pas. Attendez-vous à un interrogatoire bien serré, comme des détails sur les conditions lors du shooting (« Où étiez-vous? Avec qui? Dans quel but? Racontez-nous votre journée. »).
Sachez aussi qu’une personne a le droit de copier votre photo, l’exposer sur son site, à la condition qu’elle vous donne le crédit et qu’elle ne fasse pas de revenu avec. Signature ou pas! Sur ce dernier point, de plus en plus de photographes amateurs se voient flattés lorsqu’on cite en exemple une de leur photo sur un autre site. N’est-ce pas là un bon geste de reconnaissance?
Gardez-la!
Au final, si vous ne tenez pas à vous faire voler votre photo, ne l’exposez pas sur le net. Point. C’est le meilleur moyen de ne pas vous la faire voler. Si au contraire, votre souhait est que le plus de monde possible regarde votre œuvre et sache aussi qui vous êtes (ce qui est très légitime), montez-vous une page avec vos coordonnées ailleurs que sur la photo.
À quoi bon se fendre le derrière en quatre pour enlever des éléments nuisibles comme des fils électriques, que ce soit au shooting ou en postproduction, à quoi bon passer des heures devant l’ordi en modifiant pixel par pixel une image afin de la rendre parfaite, si c’est pour y apposer une grosse marque de commerce à la fin?